C’est dans une soirée un peu « spéciale » que nous devions faire la rencontre de György. Un gars de l’Est. Un Hongrois ou quelque chose d’approchant. Un hercule à peine dégrossi, avec deux petits yeux cruels comme sertis sous un large front fuyant et un menton autoritaire pointé en guise d’avertissement. Une prognathie comminatoire doublée d’une stature titanesque guère discrète, et ce, malgré l’éclairage tamisé que le maître de céans, sybarite émérite, avait jugé convenir à ses réceptions libertines. La voix caverneuse de György tonnait et détonnait passablement dans ce temple du raffinement. Pas un centimètre carré n’avait échappé au goût délicat du propriétaire. Quand il n’était pas d’époque, le mobilier se paraît des atours des plus belles essences d’arbres existantes. Il pouvait être agrémenté d’une précieuse marqueterie aux motifs travaillés, que tentures et draperies soyeuses reprenaient avec bonheur sur les murs et les encadrements de fenêtres.
Au milieu de ce luxe de soieries et de dentelles, l’imposant György se frayait bruyamment un chemin d’une conquête à l’autre, nullement bouleversé par la splendeur ornementale de l’écrin abritant son luxurieux safari, si ce n’est par la profusion de superbes miroirs expertement disposés, pour son plus grand ravissement. C’est bien connu, l’esthète éclairé aime à s’encanailler avec le rustique, jouant d’une proximité qui rehausse son propre éclat aux yeux des siens. Il n’est donc pas rare de côtoyer dans ces parties fines de sombres rustres au savoir-vivre rudimentaire, dont la goujaterie est bien vite oubliée une fois apportée la preuve indiscutable de talents, certes peu sophistiqués, mais sûrement plus prisés dans ce genre de manifestations.